Dans un monde soumis à une crise généralisée où le sentiment d’urgence a pour contrepartie une impuissance à agir, il semble essentiel de réaffirmer le pouvoir critique des pratiques artistiques. Si la littérature et les arts ne sont plus « engagés » au sens traditionnel du terme, elles peuvent désigner comme intolérable ce qui était jusqu’alors tacitement admis et accompagner, voire anticiper des changements sociaux en configurant des mondes possibles.

Description générale

Responsable : Mathias Lavin

Les membres de l’axe « politiques des arts… », quels que soient leurs champs disciplinaires (littératures française et étrangères, littératures comparées, théâtre, cinéma, bande dessinée, etc.) partagent la conviction que les œuvres et les pratiques artistiques trouvent des échos dans le monde social et politique et que, de ce fait, il convient de les entendre et de les analyser afin d’en évaluer les effets, d’en mesurer leurs pertinences ou leurs valeurs emblématique voire symptomatique.
Textes, images, performances scéniques sont autant de configurations singulières et sensibles du monde, susceptibles d’engendrer des appréhensions et des appropriations individuelles et collectives. Il s’agit alors de comprendre leur émergence concrète, leur proposition formelle, comme les usages et les types d’interprétation auxquelles ces configurations peuvent donner lieu.

Objectifs

Les recherches développées dans l’axe « politiques des arts… » articuleront en particulier les notions suivantes :

  • savoirs : les œuvres sont considérées comme des modes de connaissance singuliers, comme invention de mondes possibles ou alternatifs, comme mise en dialogue de cultures différentes, comme préfiguration (utopique, dystopique, apocalyptique…) d’un avenir latent dans le présent, comme travail sur la sensorialité questionnant les limites et les ressources des facultés humaines, ou encore comme éveil critique. La rencontre entre disciplines artistiques, champs de savoir et domaines culturels – caractéristique forte du laboratoire – constitue en ce domaine un atout indéniable.
  • imaginaires : le pluriel s’impose pour rappeler, d’une part, la multiplicité des objets considérés (un poème, un récit, une représentation théâtrale, un film, etc.), d’autre part, afin d’inviter à la déconstruction et au déplacement des imaginaires dominants, voire à leur identification – en espérant l’apparition ou la reconnaissance de lieux qui puissent y échapper en partie. Les expériences de pensée, la fiction comme questionnement sur la réalité, la créativité herméneutique en sont des potentialités majeures.
  • esthétiques : dans la variété de leur medium et de leur lieu de visibilité, les œuvres s’inscrivent dans une histoire des formes, selon des temporalités diverses et hétérogènes qu’il importe de prendre en compte à rebours du présentisme et de l’accélération propres au monde contemporain. Elles sont ainsi des lieux privilégiés de sédimentation historique et sociale à évaluer et actualiser.

Programme scientifique (2022-2025) : Vulnérabilités

« Vulnérabilités » apparaît comme un terme possédant une forte résonance actuelle tout en condensant de nombreux aspects propres aux politiques des arts. Cette dimension invite à relire, revoir, remonter le passé pour y découvrir des possibilités inédites. De manière complémentaire, la prise en compte de l’historicité des œuvres fait du passé un élément essentiel pour éclairer notre présent. En somme, il s’agit de comprendre les manières dont, face aux crises (politiques, culturelles, économiques, écologiques) et aux données (biologiques) qui exposent chaque sujet à des vulnérabilités accrues, peuvent exister des écarts, des espaces de résistance qui sont autant de façons de reconfigurer le monde. Il convient sans doute de distinguer entre les vulnérabilités de fait (biologiques, par exemple, même si la notion de biopolitique incite à ne pas éluder la construction et l’exploitation concertée de ces fragilités) et les vulnérabilités organisées par la soumission au pouvoir, en particulier celui du capitalisme néolibéral. En effet, autant la vision du monde hétérotypique qui découle de nos vulnérabilités, l’ingéniosité des solutions qui se manifestent pour y faire face, sont précieuses à documenter et analyser comme résistance et création des mondes possibles, autant ériger en système politique une « vulnérabilité généralisée » ne peut conduire qu’au ressentiment, à la mise en danger de la solidarité et de notre humanité même.
En partant des vulnérabilités, par exemple telles qu’elles paraissent exacerbées par le contexte actuel ou en s’appuyant sur des expériences venues du passé (par exemple, les témoignages sur les pandémies du passé), les manières dont se déploient les dimensions politiques des arts peuvent se concentrer en des formes diverses et appellent des approches variées.

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