
Photographie numérique d’un daguerréotype, 11 septembre 2025
© Laboratoire FoReLLIS Université de Poitiers /Agathe Boucansaud , Poline Cartraud, Oriane Ribas
Toutes les images sont reproductibles ; toutes les photographies ne le sont pas.
Le titre du projet « La photographie non-reproductible », ne semble paradoxal qu’en raison d’une réputation de la photographie fondée sur son usage en tant que médium de reproduction d’images et de « vues », et en tant qu’objet dévalué par le tirage industriel et l’imprimé depuis le tournant du 20e siècle.
Le succès de ces techniques a occulté d’autres procédés photographiques, non reproductibles, à commencer par l’héliographie de Niépce, dont on fêtera le bicentenaire en 2026 et 2027 comme étant celui de l’invention même de la photographie : c’est en effet la première image obtenue et fixée dans une chambre obscure par l’action de la lumière sur une surface photosensible. Le daguerréotype, la plus célèbre des inventions françaises (1839), n’est pas davantage reproductible, car la plaque de métal poli miroitante offre, selon l’angle de vue, l’image en positif et en négatif sur le même support irréductible.
Il s’agit dans ce projet pluridisciplinaire (histoire de la photographie, esthétique, physique, patrimoine, histoire, histoire de l’art, cinéma, littérature) de rouvrir une idée de la photographie dans sa dimension matérielle, d’abord en inventoriant ses procédés anciens et contemporains (par exemple le polaroïd et les positifs directs, ou encore l’hologramme sur nos cartes bancaires).
La diversité des objets-images photographiques implique des techniques, des gestes, des intentions et des usages différents. La reproduction de l’image seule (par exemple les versions numérisées disponibles sur le web) oblitère format, verso voire état de l’objet qui sont des dimensions incessibles de l’expérience informationnelle ou sensible des photographies.
Les approches conjointes des chercheurs et chercheuses des laboratoires FoReLLIS, PPrime, CRIHAM et PalEvoprim de l’Université de Poitiers permettront à la fois de mesurer le type et le degré des pertes entraînées par la reproduction des images (cf. Benjamin, 1939), et de mieux comprendre techniquement, historiquement, esthétiquement, scientifiquement les valeurs, les qualités ou les informations factuelles qu’un original en photographie, fût-il multiple, comporte en complément de l’image qu’il détient.
Nous interrogerons, depuis l’ère des écrans, la constance ou la nouvelle pertinence de leurs usages, en archive, en sciences comme en arts, dans l’usage documentaire comme dans l’expérience affective.
« Une lecture entre les langues de L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique »
L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique (1935) de Walter Benjamin, d’abord publié en français, puis en allemand, est considéré comme un texte fondateur de la théorie sur le rapport entre évolution technique et statut de l’œuvre d’art. En examinant l’histoire complexe des traductions, des rayures et des suppressions survenues dans le contexte de la stabilisation du régime nazi, nous proposons une lecture « entre les langues », à la croisée de l’allemand et du français, de quelques concepts clés de Benjamin : l’aura, la reproductibilité, le choc, l’image.
Marion Picker, MCF en études germaniques à l’Université de Poitiers, membre du MIMMOC et chercheure associée au Centre Marc Bloch Berlin depuis 2018, s’intéresse aux tropes, concepts, images et cartographies qui façonnent notre perception et notre pensée. Elle a publié un ouvrage sur le Caractère conservateur de Walter Benjamin (en allemand). Récemment, elle a participé au groupe de recherche ICAR sur l’incertitude cartographique et organisé une exposition « Les voi.es.x de la carte. Tonkörper Berlin » à la galerie Alice Guy à Berlin (avec Julio Velasco). Elle prépare la publication du n° 90 des Cahiers d’Etudes Germaniques (CEG), « Berlin. Image-ville, image-banlieue, image de pensée », et mène un projet collectif de recherche « Lieux communs. Arts et spatialités » (projet « Impulsions » UP-Squared).
Anne D. Peiter, MCF HDR, Université de La Réunion / Université de Poitiers, chercheuse dans le domaine des génocides et de la violence (colonialisme, Shoah, guerre froide, génocide des Tutsis du Rwanda).
Sélection d’ouvrages : Komik und Gewalt. Zur literarischen Verarbeitung der beiden Weltkriege und der Shoah, Cologne 2007 ; Der Träger. Zu einer tragenden Figur der deutschen Kolonialgeschichte (avec Sonja Malzner), Bielefeld 2018 ; Träume der Gewalt. Studien der Unverhältnismässigkeit zu Texten, Filmen und Fotografien. Nationalsozialismus – Kolonialismus – Kalter Krieg, Bielefeld 2019 ; Der Ausnahmezustand ist der Normalzustand, nur wahrer. Texte zu Corona (avec Wolfram Ette), Marburg 2021 ; Der Genozid an den Tutsi Ruandas. Von den kolonialen Ursprüngen bis in die Gegenwart (2024), Marburg 2024.
Contacts :
Anne.cecile.guilbard@univ-poitiers.fr (FoReLLIS)
Jerome.pacaud@univ-poitiers.fr (PPrime)
