La 9e séance du séminaire "La photographie non-reproductible : corpus et usages" sous la direction de AC Guilbard - FoReLLIS et J. Pacaud - PPrime aura lieu Vendredi 16 octobre 2026 de 14h00 à 17h00 à la MSHS, en salle Gargantua
Photographie numérique d’un daguerréotype, 11 septembre 2025
© Laboratoire FoReLLIS Université de Poitiers /Agathe Boucansaud , Poline Cartraud, Oriane Ribas

Toutes les images sont reproductibles ; toutes les photographies ne le sont pas.

Le titre du projet « La photographie non-reproductible », ne semble paradoxal qu’en raison d’une réputation de la photographie fondée sur son usage en tant que médium de reproduction d’images et de « vues », et en tant qu’objet dévalué par le tirage industriel et l’imprimé depuis le tournant du 20e siècle.

Le succès de ces techniques a occulté d’autres procédés photographiques, non reproductibles, à commencer par l’héliographie de Niépce, dont on fêtera le bicentenaire en 2026 et 2027 comme étant celui de l’invention même de la photographie : c’est en effet la première image obtenue et fixée dans une chambre obscure par l’action de la lumière sur une surface photosensible. Le daguerréotype, la plus célèbre des inventions françaises (1839), n’est pas davantage reproductible, car la plaque de métal poli miroitante offre, selon l’angle de vue, l’image en positif et en négatif sur le même support irréductible.

Il s’agit dans ce projet pluridisciplinaire (histoire de la photographie, esthétique, physique, patrimoine, histoire, histoire de l’art, cinéma, littérature) de rouvrir une idée de la photographie dans sa dimension matérielle, d’abord en inventoriant ses procédés anciens et contemporains (par exemple le polaroïd et les positifs directs, ou encore l’hologramme sur nos cartes bancaires).

La diversité des objets-images photographiques implique des techniques, des gestes, des intentions et des usages différents. La reproduction de l’image seule (par exemple les versions numérisées disponibles sur le web) oblitère format, verso voire état de l’objet qui sont des dimensions incessibles de l’expérience informationnelle ou sensible des photographies.

Les approches conjointes des chercheurs et chercheuses des laboratoires FoReLLIS, PPrime, CRIHAM et PalEvoprim de l’Université de Poitiers permettront à la fois de mesurer le type et le degré des pertes entraînées par la reproduction des images (cf. Benjamin, 1939), et de mieux comprendre techniquement, historiquement, esthétiquement, scientifiquement les valeurs, les qualités ou les informations factuelles qu’un original en photographie, fût-il multiple, comporte en complément de l’image qu’il détient.

Nous interrogerons, depuis l’ère des écrans, la constance ou la nouvelle pertinence de leurs usages, en archive, en sciences comme en arts, dans l’usage documentaire comme dans l’expérience affective.

****
Aurélien Gleize
Titre : « À propos d’un livre à venir de Habib Tengour dont le titre serait Un centenaire. 132 cartes pour cent trente-deux ans de présence française en Algérie« 
Résumé
L’an dernier, en rangeant la cave de ma maison, j’ai trouvé dans un tiroir une collection de 240 cartes postales appartenant à l’ancienne propriétaire. Elles ont été émises à l’occasion des fêtes du centenaire de l’Algérie française, en 1930. En tant qu’éditeur, j’ai envie d’en faire quelque chose, mais intuitivement je préférerais ne pas les reproduire. C’est ce réflexe que je voudrais explorer dans cette séance et, puisque j’ai demandé au poète Habib Tengour un texte pour les accompagner, aussi le rapport texte/photo. Je vais dire ce que je fais, à quoi ça me fait penser, avec quoi je pense, avec qui je parle. C’est à la fois anecdotique et rhapsodique, très autocentré et une conversation à plusieurs. Il y a une raison à cela : c’est que je considère cet ensemble, texte plus cartes, comme un opérateur, un révélateur de ce que les uns et les autres pensent du livre, de la photo, de la poésie, de la colonisation. Il fait réagir. Le mot reviendra plus loin : ces réactions sont des indices, ou des symptômes, de notre rapport au monde.
 
Biographie de l’intervenant : 
Diplômé des métiers du livre à Aix-en-Provence et de l’Institut des Arts Sacrés à Paris, Aurélien Gleize est éditeur des livres d’artistes de En Fait, Des Objets / EF,DO. Il expose et publie les graveurs Frédéric Coché et Olivier Deprez, le plasticien Stephen Loye et les écrivains de la revue de poésie Nioques ; a coorganisé le colloque international « Investigations, le champ élargi de l’écriture dans l’œuvre de Robert Morris » à l’ENS de Lyon en 2008 ; dans le champ de l’art contemporain, écrit sur et parle de Beuys, Morris, Dali, Magritte et d’autres – dans des perspectives informées par la théologie et l’histoire de l’art religieux. Dernières interventions publiques : exposition et présentation de la collection EF,DO à l’université Waseda, Tokyo, 2024, « Le Tableau presque gris de Salvador Dali », Institut national d’Histoire de l’art, Paris, 2025.
  • La vie du labo continue sur les réseaux sociaux !