L’intitulé « Patrimonialisation des cinémas non-hégémoniques » pose un paradoxe entre le processus de patrimonialisation et la diversité des gestes qui excèdent l’histoire du cinéma telle qu’elle est traditionnellement racontée. Au cinéma, l’hégémonie peut s’entendre, sous une acception gramsciste, comme l’ensemble d’institutions qui légitiment l’ordre politique et économique dominant. Au-delà de l’hégémonie culturelle, l’« hégémôn » revêt dans les études post-coloniales un sens géographique et politique qui, en histoire du cinéma, a trouvé un écho dans la dénonciation de l’impérialisme culturel du cinéma occidental, commercial ou art et essai. Qu’il s’agisse du Troisième Cinéma conçu par Fernando Solanas et Octavio Getino, des « cinémas nationaux » d’après Guy Hennebelle, ou bien de démarches participatives et horizontales regroupées sous le terme « Quatrième Cinéma » défendu par Barry Barclay, le cinéma a vu fleurir depuis les années soixante quantité de gestes et de mouvements en opposition avec la verticalité de la forme et du contexte de production des cinémas occidentaux. Nous concevrons ici les cinémas non-hégémoniques au sens large, c’est-à-dire comme tous les cinémas dont le cadre de production et de diffusion ne se fond ni dans le cinéma commercial, ni dans le cinéma art et essai, pour accueillir le cinéma militant, le cinéma amateur, le Troisième cinéma, le cinéma queer et féministe, le cinéma expérimental, le cinéma d’atelier ou participatif…
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