Les personnages de méchants dans la fiction (XIXe-XXIe siècles)
Argumentaire
La définition du « méchant » repose sur une essentialisation naïve des actions mauvaises, en superposant une définition actantielle (l’antagoniste) et une définition morale (personnage animé par le désir de nuire). Mais cette naïveté est également constitutive de l’esprit humain, dont le psychologue Roy F. Baumeister a montré avec quelle force il croyait, de façon erronée, au « mythe du mal absolu ». Étudier les méchants peut ainsi conduire à se demander comment la fiction peut reconduire le mythe du mal absolu et quels sont les effets moraux et esthétiques d’une telle reprise. Cette première question a un corollaire : comment la fiction peut-elle également remettre en cause ce mythe, par exemple en découplant les définitions actantielles et morales, ou en invitant à lire dans la méchanceté essentielle du personnage le résultat d’une détermination sociale, donc contingente ?
Ainsi, la naïveté même de la notion ne la frappe pas d’inanité, mais fonde au contraire son intérêt scientifique, soit qu’elle nous invite à nous interroger sur la façon dont la littérature assouvit le besoin manifestement profond d’une distinction tranchée entre bien et mal, soit qu’elle nous permette d’observer comment la fiction elle-même révèle l’instabilité de cette notion qui exprime un fantasme davantage que la réalité.
Alors que le « tournant éthique » incite à renouer avec une interprétation de la fiction sensible aux valeurs qu’elle met en jeu et alors que le recul du formalisme a permis le renouvellement de la narratologie pour mieux prendre en compte les affects du lecteur, plusieurs chercheurs en philosophie, en littérature ou en sciences de l’information ont déjà amorcé une réflexion scientifique sur les personnages de « méchants ». S’inscrivant dans leur lignée, ce colloque vise à remédier à la lacune théorique dont souffre le « méchant », en proposant des pistes poétiques et historiques pour conceptualiser la notion, dans tous les médiums proposant des « œuvres à intrigue » : roman, théâtre, opéra, cinéma, séries télévisées, bandes dessinées, jeux vidéo. Son objectif est de repérer les dynamiques historiques et les lignes de tension conceptuelles qui rendent la notion féconde et permettent sa libre appropriation par les auteurs.
Organisation :
Ce colloque hybride se déroule le mercredi 30 septembre et le jeudi 1er octobre à la MSHS (Salle des Conférences), et le vendredi 2 octobre à l’UFR Lettres et Langues en salle des Actes, et durant les trois jours sur webex à l’adresse suivante : https://univ-poitiers.webex.com/meet/emilie.pezard.
Il s’accompagne d’une projection de Seven au TAP Castille (30/09) suivie d’un débat animé par Émilie Pézard et Jessy Neau.
Retrouvez ici le programme du colloque
Responsable(s):
- Pézard Émilie— emilie.pezard@univ-poitiers.fr
- Guerif Manon— manon.guerif@univ-poitiers.fr
- Neau Clarisse— clarisse.neau@univ-poitiers.fr
Informations complémentaires

